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Comment peuvent-ils s'en sortir ? par Paul Turbier

Par Ligne Droite dans Société à 18:25

Lundi, 30 avril 2007

 

Nous ne fêtions aucun anniversaire particulier ce soir là, mais nous nous sommes quand même retrouvés bien joyeux autour d'un bourguignon des familles avec la troupe, maintenant fidèle, des invités de la Soupe du Roi.


Beau temps, ce qui nous change des froidures de l'hiver d'une « planète-qui-se-réchauffe », belle ambiance et belles marmitées.

Notre amie Marie-Laure, grande distributrice de vêtements, nous amène un de ses amis, militaire de carrière qui découvre avec étonnement le monde de la rue. Il y a lieu de s'étonner en effet, ne serait-ce que par la différence des vêtures; entre un clochard en loques conforme à l'imaginaire répandu et la tenue impeccable (cravate, chemise repassée, chaussures cirées) d'un autre, pourtant SDF comme lui.
Différence si grande que le doute s'installe chez notre visiteur « Il est vraiment SDF celui-là ? »

Eh oui, il dort sur un banc de gare, mais il trouve quand même le moyen de remplacer des frais de tabac (il ne fume pas) par des frais de douche et il s'est peut-être (le coquin !) trouvé une amie pour assurer l'entretien du linge et de ses vêtements, car un résultat comme celui de ce soir là suggère immanquablement une fée du repassage.  Qui sait : il est très peu bavard, l'animal, et nous ne le cuisinerons pas contre son gré, mais je tenterais d'en savoir plus un autre jour.


La question maintes fois posée ressurgit : « Comment peuvent-ils s'en sortir ? Peuvent-ils travailler ? ».

J'ai eu assez souvent l'occasion de donner mon opinion personnelle mais je la donne à mon interlocuteur.

Passé un temps relativement court (une année ?), il existe un point de non-retour. Des habitudes s'installent, des anciennes s'effacent et, il faut bien le dire, beaucoup de contraintes disparaissent. La gestion journalière des besoins primaires occupe tout le temps disponible et finit par accaparer l'esprit en tuant toute velléité de projet.


L'un de nos amis a un métier et même un bon métier. Il travaille.  Mais des déboires conjugaux l'ont fait se retrouver sur le palier de l'appartement, avec une maigre valise et des pensions alimentaires à payer, décidées par une juge sur la plaidoirie d'une avocate.
Dans ce genre de situation, lorsque tout est payé, il ne reste rien pour se loger, sauf la rue. D'où le contraste.


Une mesure qui pourrait peut-être générer des résurrections serait de trouver une forme d'hébergement de longue durée qui intégrerait un repas et un petit déjeuner par jour.  Le tout en échange d'un travail sur place (essentiel) d'entretien des locaux et de participation au fonctionnement général de l'ensemble (cuisine, nettoyage des communs, petites réparations, gardiennage local).

Je serais curieux de voir fonctionner une installation pilote.  Mais je crois sincèrement qu'une insertion pure et simple dans le monde du travail est une illusion.


Voici bientôt quatre ans, lors de la première Soupe du Roi, la quinzaine de SDF que nos jeunes gens avaient racolés dans les rues avoisinantes étaient tous du premier type (loques et barbes).  Certains sont toujours là mais peu à peu, des SDF du second et troisième type (propres et nets) sont apparus.  Pour certains ce fut un effort que de rapprocher de notre table, geste qu'inconsciemment ils associaient à une mendicité.  Maintenant, c'est devenu pour eux comme une visite chez des amis et c'est peut-être là que la Soupe du Roi se distingue de toutes les autres actions de même finalité.


A la Soupe du Roi, on mange, certes, et bien, mais on est en visite.  Que voulez-vous, SDF ou pas chacun a ses petites mondanités. 



Paul Turbier - Ligne Droite.   Tous nos éditos sur www.lignedroite.net

 

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